|

| |
|
FanFiction

*Le retour du jean*
Par Carmenita78 - En construction |
[retour]
Après une sérieuse dispute, les
quatre filles se sont séparées. Chacune de leur côté, elles sont devenues
adultes. Mais grâce à la nouvelle génération, les retrouvailles sont proches...
Pour donner votre avis :
ICI !
Retrouvez cette
fanfic ici
|
Chapitre I : Flash-back
Carmen déposa le dernier
carton. Elle massa son dos douloureux puis entreprit de vider les cartons
portant l’inscription «Divers» qui étaient éparpillés un peu partout dans
la pièce, afin de faire le tri entre ce qu’il fallait jeter et ranger.
Elle ouvrit au hasard l’un deux. Il était rempli à
ras bord de paperasses que Carmen identifia comme étant ses contrôles de
collège, lycée et université. Elle rangea soigneusement ses diplômes dans
une pochette et fourra toutes les évaluations dans un grand sac poubelle.
Le deuxième carton contenait des livres qu’elle
avait étudiés en cours de français au cours de sa scolarité. Elle garda
les rares d’entre eux qui avaient survécu à son remarquable soin
d’autrefois, et les autres rejoignirent les contrôles.
Elle s’attaqua ensuite à une vieille malle, qu’elle
n’avait pas ouverte depuis très longtemps, et où se trouvaient d’anciens
vêtements, aujourd’hui trop petits, qu’elle avait gardés. Elle les déplia
un à un pour voir si sa fille voudrait bien les porter un jour. La
majorité n’était plus du tout à la mode mais il en restait quelques uns
qu’Eleonor jugerait sûrement «potables mais seulement pour le week-end».
Au fond du vieux coffre, Carmen découvrit…un jean. Mais pas n’importe
lequel. Le jean magique!
Le jean qu’elles avaient porté, elle et ses trois
meilleures amies d’enfance pendant trois étés consécutifs. Le jean qui
leur avait fait vivre mille et une aventures. Celui qui avait voyagé des
États-unis en Grèce et qui leur avait fait découvrir des choses
insoupçonnées, que se soit sur elles ou sur les autres. De plus, le
pantalon leur allait à toutes les quatre, malgré leur tailles et
mensurations différentes. Il n’avait pas changé: les inscriptions que les
unes et les autres avaient écrit sur le tissu ne s’étaient pas effacées.
Carmen reconnut les écritures de Tibby, Bridget et Lena, et se replongea
dans ses souvenirs.
Elle se rappela de ce jour où, dans un bazar,
accompagnée de Lena, elle avait trouvé ce jean et l’avait acheté pour
trois fois rien. Puis de la soirée pyjama, où, avant qu’elle jette le
pantalon, Tibby lui demanda si elle pouvait l’essayer. Elles l’avaient
enfilé, chacune leur tour: Tibby, la petite menue, Lena, la moyenne,
Bridget, la grande, et enfin Carmen, elle qui avait les plus grosses
fesses. Comme par magie, le jean leur allait à chacune aussi bien…Depuis
ce jour, elles avaient célébré, en chaque début d’été, la cérémonie du
jean magique : elles se réunissaient secrètement dans l’ancien club de gym
auquel étaient inscrites leurs mères lorsqu’elles étaient enceintes. Là,
les filles mettaient de la musique, sortaient des bonbons et biscuits
apéritifs et ressortaient le Jean, symbole de leur amitié, qui avait été
enfermé toute l’année dans le placard de Carmen. Ensuite, elles partaient,
chacune de leur côté, et s’envoyaient le jean pendant leurs vacances.
Assise au milieu du grenier encore vide de tout
meuble, elle se replongea dans ses souvenirs.
«La première année, se souvint Carmen, Lena était
allée en Grèce, chez ses grands parents paternels, et y avait rencontré
Kostos, son premier véritable amour.
Tibby était restée à Washington et était devenue
amie avec Bailey, une fille de dix ans qui mourut quelques semaines plus
tard d’un cancer et grâce à qui elle avait appris énormément de choses,
comme par exemple se méfier des apparences.
Bridget était allée à un stage de foot, où elle
avait rencontré Eric, un moniteur, dont elle s’était entichée et avec qui
elle avait fait pour la première fois, désobéissant à une règle
fondamentale: les moniteurs et stagiaires doivent avoir un rapport
strictement amical.
Et moi, j’étais allée chez mon père, qui m’avait
réservé une surprise que j’avais trouvée assez déplaisante: il allait se
remarier avec une femme trop chic à mon goût qui avait déjà deux enfants
d’à peu près mon âge, Paul et Krista.
L’été suivant, Bridget, dont la mère était morte
alors qu’elle était petite, avait décidé de redécouvrir son passé en
rendant visite à sa grand-mère sous un faux nom. Elle qui avait été très
secouée après son histoire avec Eric, était revenue normale et en
harmonie.
Tibby, elle, était allée faire un stage de cinéma en
Alabama et avait, pour la première fois après la mort de son amie, repensé
à ce passé douloureux.
Lena était restée ici et avait dû surmonter avec
courage la mort de son Bapi grec, décédé à cause d’une crise cardiaque, et
la venue de Kostos avec qui elle eût une nouvelle, mais courte relation:
le jeune homme ayant mis une autre femme enceinte après que Lena eût
rompu, dû retourner dans son pays pour aider la mère de son enfant.
Moi, j’avais été particulièrement désagréable avec
ma mère pendant ces vacances là ! Et Krista, qui avait fugué de chez elle,
était venue chez nous. Grosse crise de famille !
Les vacances d’après, Bridget était retourné dans le
même camp de foot, en tant que monitrice cette fois-ci, et avait retrouvé
Eric. Comme on pouvait s’y attendre, ils étaient re-sortis ensemble, mais
leur relation était moins passionnelle.
Lena, elle, s’était rebellée contre son père qui ne
voulait pas qu’elle fasse des études d’art. Elle s’était affirmée.
Tibby, dont la sœur avait frôlé la mort, se entait
coupable et était persuadée que cet accident était de sa faute. Ça l’a
perturbée pendant tout l’été.
Quant à moi, je dirais que c’était le plus bel été
des trois. Après avoir découvert que ma mère était enceinte, j’ai
rencontré un garçon formidable, Win, qui m’a aidé, involontairement, à
surmonter ma crise d’ado et ma méchanceté envers ma mère…et que j’ai
épousé trois ans plus tard.
Et, lors quatrième été, nous nous sommes retrouvées,
les filles et moi, après un an dans des universités différentes. Hélas, ça
a été le désastre: nous nous sommes disputées, à cause du jean. Ça a
marqué la fin de notre si belle amitié…Oui. Ça a commencé ce fameux soir
de notre réunion annuelle au club de gym Gilda. Après l’habituel pacte du
jean, nous sommes allées chez moi pour une soirée pyjama qui s’annonçait
plutôt bien. Mais au moment de décider qui aurait le privilège d’avoir le
jean la première semaine, on a commencé à parler toutes en même temps:
L’opération de mon père a lieu après demain. Et si
je n’ai pas le jean, elle va foirer. Je vous rappelle qu’il n’y a que
quatre-vingt pour cent de chances que la greffe marche, avait dit Tibby,
dont le père devait subir une greffe du foie.
Et moi alors ! s’était exclamée Lena. Vendredi aussi
j’ai quelque chose d’important: je passe LE concours de ma vie. Il faut
absolument que je le réussisse très bien pour avoir une bourse et entrer
dans cette grande École Supérieure d’Arts, sinon je devrai dire adieu à
mes études de dessin parce que mon père refuse de payer la totalité de
l’inscription. Il me faut donc le jean pour y arriver.
Je crois que je suis quand même la prioritaire pour
avoir le jean, avait protesté Bridget. Je pars chez Eric demain. Sa mère
est la seule personne susceptible de m’aider pour ma grossesse et il faut
absolument que je l’en convainque. Sans le jean, elle risque de me
balancer des couches culottes à la figure !
Les filles, vu que vous avez toutes quelque chose
d’important vendredi, je pense qu’il faudrait mieux tirer au sort,
avais-je proposée.
Ensuite, elles ont balayé mon idée d’un revers de
bras et ont commencé à élever la voix. Une dispute a alors éclatée et nous
avons éteint la lumière et nous sommes couchées sans un mot. Le lendemain,
pareil: elles sont toutes parties, avant le petit déjeuner, sans un regard
les unes pour les autres. Je me souviens avoir pleuré pendant une
demi-heure ce jour-là. Et le jean est resté dans mon placard, le premier
été depuis quatre ans.
Le vendredi, comme pour donner raison au jean, tout
ne s’était pas très bien passé. La greffe du père de Tibby avait marché,
mais il avait l’interdiction totale de manger des produits laitiers ou des
aliments contenant du lait, car cela pouvait entraîner sa mort. Lena avait
réussi son concours mais n’avait pas obtenu de bourse : elle passa donc
tout l’été à travailler très dur pour gagner de l’argent. La mère d’Eric,
qui était fâchée avec son fils, avait refusé de l’aider; ils ne savaient
donc pas très bien ce que le bébé allait devenir.
Nous étions toujours en colère les unes avec les
autres, et le fait que nous soyons dans des universités différentes n’a
pas arrangé les choses. Peu à peu, nus nous sommes éloignées jusqu’à ne
plus du tout avoir de nouvelles de chacune…
C’est drôle, je me souviens encore parfaitement de
tout !»
Quand elle revint à la réalité, Carmen fit la
grimace: il restait encore seize cartons à trier, sans compter ceux qui
devaient être rangés mais qui se trouvaient encore dans le camion de
déménagement. Après un bref coup d’œil à sa montre, elle se rendit compte
qu’elle avait passé une demi-heure à ressasser ses souvenirs à la simple
vue du jean, et qu’il était l’heure de manger.
Carmen descendit lentement les marches de
l’escalier, traversa le salon, puis la véranda, et arriva dans le jardin.
Là, elle eu l’agréable surprise de voir Win et les enfants assis sur une
grande nappe étalée à même le sol, avec une grande salade composée et des
sandwiches. Elle sourit:
«Oh merci chéri ! Comme ça je n’aurai pas besoin de
faire la cuisine !
- De rien. Les meubles arrivent par le paquebot à
sept heures. S’il n’y a pas de retard.»
Carmen soupira : les déménagements d’un pays à un
autre n’étaient jamais faciles. Surtout lorsque les deux pays sont séparés
par la mer…
L’après midi, comme ils ne pouvaient pas encore
ranger les quelques affaires et cartons qu’ils avaient emmené par l’avion,
Carmen décida de faire un saut à Paris tous ensemble. Ils prirent donc le
train jusqu’à la capitale, puis le métro.
Les enfants étaient émerveillés : Paris était
tellement différent de la petite ville du Québec où ils habitaient avant !
Ils montèrent d’abord sur la Tour Eiffel, puis contemplèrent les somptueux
vitraux de Notre-dame. Lorsqu’ils arrivèrent sur les Champs-Élysées,
Eleonor poussa un cri. «Wahou ! Maman regarde moi toutes ces boutiques !
Des bijouteries, parfumeries, magasins de vêtements, il y en a partout !
On peut aller en voir quelques unes, s’il te plaît ? supplia-t-elle.
Carmen, qui n’avait pas prononcé un mot durant tout
le voyage répondit qu’elle était trop fatiguée pour faire du shopping et
que, de toute façon, elle ne pensait pas vraiment que cette «activité» ne
plaise aux garçons.
«Oh, tu sais, commença Win, je peux emmener les
garçons faire du bateau-mouche. Et toi, tu peux t’asseoir quelque part,
dans un magasin ou venir avec nous. Eleonor est assez grande pour faire
les boutiques seule !
- OK, OK, rendez-vous ici à quatre heures.
- Allez y les garçons, je vous rattrape.»
Alors qu’Eleonor se dirigeait vers Sephora et que
Léo et Ben marchaient en direction de la bouche de métro la plus proche,
Win prit Carmen à part et lui chuchota : «Ma chérie, qu’est ce que tu as ?
Tu n’as pas parlé depuis qu’on est partis ce midi ! Y a un problème?
- Oh, non. C’est juste que j’ai un peu le mal du
pays, mentit-elle. Je repense à tout ce qu’on a laissé derrière nous, au
Québec.»
En réalité, le retour du jean lui trottait toujours
dans la tête…
II - Laissez-moi danser
Lena s’effondra sur le canapé du salon. Elle
soupira: sa fille venait de claquer la porte de sa chambre pour la
deuxième fois de la journée.
«Moi à son âge, je n’étais pas du tout comme ça!
songea-t-elle. Comment une personne assez timide et réservée peut-elle
avoir un enfant au caractère complètement opposé!»
Le sujet de la dispute? Comme d’habitude: Maéva
comptait sortir avec ses copains. Au programme: shopping, puis cinéma et
enfin boîte de nuit (réservée au jeunes), le tout jusqu’à une heure du
matin. Bien sûr, Lena trouvait ça trop prématuré de sortir en boîte à
seize ans, mais elle était quand même d’accord pour le shopping et le
cinéma.
Maéva alluma son lecteur CD et mit le son au
maximum. Elle se jeta sur son lit et enleva rageusement son portable de
son sac. Elle composa le numéro de sa meilleure amie, qui répondit presque
aussitôt:
«Allô?
- Retiens-moi, je sens que je vais commettre un
meurtre.
- Quoi? Attend, tu peux pas baisser un peu ta
musique, je n’entends strictement rien!
- OK mais juste un peu, sinon elle va
entendre.
- Qui elle?
- Celle que je vais assassiner dans quelques minutes
si je ne me calme pas.
- Oh non! Dis moi pas que ta mère ne veut pas que tu
vienne ce soir!
- Eh bien si, mais je viendrai.
- Quoi! Arête laisse tomber tu vas être punie
jusqu’à la fin de tes jours!
- Elle n’est pas obligée de savoir. En fait, elle
m’interdit seulement le plus génial: la boîte de nuit. Il me suffit donc
de rentrer après le shopping et le ciné, et de repartir après, ni vu ni
connu, grâce à ma chère sauveuse la gouttière!
- Non mais t’es vraiment dingue. On est à peine en
vacances que toi tu te risques à les passer enfermée!
- Peut-être…mais je suis prête à jurer tout ce que
tu veux que je serai quand même là ce soir.A plus.»
Elle raccrocha, puis descendit les escaliers en
ayant éteint la radio au préalable. Ne voyant sa mère nulle part dans le
salon, elle devina que celle-ci se trouvait dans son atelier, comme à
l’accoutumée, à peindre sur une toile. Jugeant inutile de la déranger,
Maéva lança simplement un:«Maman j’y vais, je rentrerai vers sept heures.
A tout à l’heure! » d’un ton empreint de joie et de satisfaction.
Maéva retrouva Kyrene, sa meilleure amie, Cleo,
Elissa, Andries et Christos, son petit ami depuis maintenant un an et
trois mois devant chez Jardos, le magasin vénéré des filles où l’on
trouvait tout: des vêtements au maquillage en passant par les produits
diététiques. Après un long baiser à son amoureux, Maéva déclara:
«Normalement ce soir je ne suis pas sensée venir avec vous. Mais je ne
vois pas pourquoi j’obéirais. Je vais donc rentrer chez moi dans trois
heures et demi, j’irai dans ma chambre en prétextant que je suis hypra
crevée et puis, vers dix heures je descendrai par la gouttière et je
prendrai le bus jusqu’au Spot7!
- Et si ta mère entre dans ta chambre pour te dire
bonne nuittu fais quoi? avança Elissa
- Elle ne le fera pas. Au pire, si elle s’approche
de ma chambre, Hallie l’en empêchera avec un bon mensonge!
- T’es sûr que ta sœur te couvrira? demanda Andries,
sceptique.
- Elle sera bien obligée. Sinon je balance à maman
que quand elle est partie à un congrès l’autre jour, Hallie a ramené son
copain à la maison et qu’ils ont couché.
- C'est vrai ! s’exclamèrent Kyrene et Cleo d’une
seule voix
- Yep mes louloutes !Bon c’est pas tout mais je
meurs d’envie de claquer mon portefeuille! Let’s go.
Et le club cinq partit, bras dessus bras dessous,
dans la galerie marchande d’Athènes. Après s’être parés pour l’été avec
paréos, tongs, maillots de bain, serviettes, etc, la bande alla au cinéma,
voir Star Wars III. En sortant de la salle, Christos dit à Cleo, qui,
comme les autre, n’avait pu retenir ses larmes: «Cleo, la prochaine fois
mets du waterproof!
- Et merde, jura celle-ci
- Andries, t’es une tapette, se moqua Elissa. Je
veux bien que nous on chiale, mais toi… (1)
- Pff, répondit le concerné, en essuyant toute trace
d’humidité qu’il pouvait y avoir sur ses joues. De toute façon Andries et
tapette c’est une antiphrase: je te rappelle que mon prénom veut dire
viril. (2)
- Tes parents ont du avoir une illusion quand ils
t’on nommé alors…»
Sur ce magnifique cassage, Maéva dit au revoir à ses
copains et rentra chez elle. Son arrivée à la maison fut accompagnée d’un
gigantesque bâillement, quelque peu exagéré, que même Lena, profondément
concentrée par son nouveau tableau, entendit. Comme prévu, la jeune fille
fila dans sa chambre, à cause d’une prétendue fatigue, après avoir avalé
vite fait une part de pizza.
Dès que la clé fut tournée, elle se dirigea vers
l’armoire qui contenait ses vêtements. Bientôt, son lit se retrouva
ensevelit sous les minjupes, pantalons et hauts en tous genres. Après
maints essayages devant le miroir et non sans hésitation, elle retint deux
hauts et deux bas: un dos nu rouge, un débardeur décolleté noir qui
laissait voir son ventre plat, et une minijupe et un pantacourt noirs.
Indécise, elle appela sa sœur à l’aide.
En réalité, Hallie et Maéva n’étaient pas sœurs,
mais demi-sœurs. Hallie était la fille de Paul, lui-même demi-frère d’une
ancienne amie de Lena, Carmen. Lena et lui avaient divorcé car Paul
trouvait que sa femme était tout le temps en voyage pour les affaires
(carrière d’artiste oblige). Deux ans plus tard, Lena avait rencontré
Filipos. Ils ne s’étaient pas mariés mais avaient eu Maéva. Peu de temps
après, ils s’étaient séparés, pour la même raison qu’avec Paul…
Au bout de dix minutes, les vêtements étaient
choisis : sur le conseil d’Hallie, Maéva avait opté pour le dos nu et la
jupe. Pour la coiffure, elle avait décidé, d’elle-même cette fois-ci, de
s’attacher les cheveux avec une pince, et puis des mettre les créoles
qu’elle réservait pour les grandes occasions.
La descente de la gouttière se montra assez
périlleuse. Premièrement, la jupe de Maéva s’accrocha dans les rosiers et
faillit être déchirée. Heureusement, elle réussit à la sauver mais se
griffa la main. Ensuite, ses chaussures à talons, pas tout à fait
appropriées à ce genre d’activité, la firent glisser et elle se râpa toute
la jambe gauche sur la gouttière. Lorsque enfin, ses pieds touchèrent le
sol, elle manqua de se tordre la cheville. Comme pour aggraver encore la
situation, le bus qu’elle devait prendre était en train d’arriver, mais
Maéva réussit à courir et à sauter dedans.
En entrant dans le Spot7, Maéva fut surprise de la
chaleur qui y régnait. On arrivait à peine à respirer et l’air était
chargé d’une odeur de tabac et d’autres substances illicites mêlée à celle
de la transpiration. Les murs étaient noirs, mais recouverts de grands
tags de jeunes filles et mecs en tenues assez dénudées et avec des poses
évocatrices. Il y avait un coin bar avec des fauteuils à l’air plutôt
confortables, et, sur la droite la piste de danse. Elle était assez
petite, de manière à ce que les gens dansent les uns contre les autres,
surplombée de spots en tous genres: boules à facettes, néons ultraviolets,
stroboscopes, et entourée de cages ou des bimbos en tenues provocantes se
trémoussaient sur les accords de la guitare électrique.
La jeune fille se fraya un chemin parmi tous les
étrangers. Quelques pas plus loin, un garçon, qui lui était inconnu,
l’aborda: «Salut poupée, tu veux un verre?» Il avait l’air ivre. Maéva
l’ignora superbement et continua son chemin à la recherche de ses amis.
Elle les trouva, enfin, assis, sirotant de la Vodka et discutant de choses
et d’autres. Maéva, les imitant, commença elle aussi à boire. Elle se leva
au bout d’un moment et entraîna Christos, Kyrene et Andries sur la piste
de danse. Après une heure de déhanchements sur de la techno et du hardrock,
elle re-commanda un verre d’alcool.
«Mév’, vas-y mollo, hein? lui fit Christos, j’ai pas
envie que tu te retrouves à vomir tes tripes aux chiottes et il ne faut
surtout pas que tu aies la gueule de bois demain sinon ta mère va piquer
une crise.
- T’inquiètes, c’est mon dernier verre, après je te
jure que j’arrête, chéri !lui répondit- elle en l’embrassant.» Et
elle retourna se déchaîner sur la piste.
Lorsque Maéva rentra enfin à la maison, vers deux
heures du matin, elle pensait rentrer sans bruit dans la maison endormie
et se faufiler dans sa chambre discrètement. Mais, lorsqu'elle trouva sa
mère debout dans le hall, les bras croisés sur sa poitrine et l'air
passablement en colère, elle perdit son sang froid.
«Maman ! s'exclama-t-elle.
- Désolée mais je n'ai pas cru à ta petite comédie
de tout à l'heure. Je sais bien que quand on court dans sa chambre en
claquant la porte, suite à une interdiction de sa mère, on ne descend pas
quelques minutes plus tard, avec «soi disant» l’intention d’obéir et un
sourire aux lèvres, à moins qu'on ait une petite idée derrière la tête.
Figure-toi que j'ai été jeune, moi aussi, bien que ça te paraisse
impossible !» Lena marqua une courte pause.
«Mais pourquoi es-tu comme ça avec moi ?
reprit-elle, d'une voix brisée.
- Peut-être parce que tu n'as jamais été là pour
moi, quand j'en avais besoin. Papa est parti quand j'avais un an, et toi,
tu étais toujours en voyage pour peindre les quatre coins du monde, ou
encore superviser des expos de tes oeuvres à Tombouctou. Petite, presque
toutes les mères allaient chercher leurs mômes à l'école. Pour Hallie et
moi, c'était une vieille nourrice acariâtre qui nous ramenait à la maison.
Tu nous a abandonnées pour te consacrer à ta carrière d'art plutôt qu'à
tes filles. Si tu voulais vraiment une vie d'artiste, il ne fallait pas
nous avoir !»
Elle se tut, consciente d'être allée un peu trop
loin. Après un long et embarrassant silence, Lena répondit, les larmes aux
yeux : «Je suis désolée, mais ce qui est fait est fait, je ne plus revenir
en arrière. J'ai pensé qu'en travaillant autant, la vie serait plus facile
pour vous : je gagnerais plus d'argent pour vous nourrir et vous offrir
plein de choses. Mais je me suis trompée…
Au fait, reprit-elle alors qu'elle se dirigeait vers
sa chambre, j'ai téléphoné à un camp de vacances anglophone. Tu pars
après-demain en Italie, et pendant deux semaines.
- Quoi! C'est ça ma punition! Tu peux toujours
rêver, jamais je ne monterai dans le bus, la voiture, le train ou tout ce
que tu veux,et tu ne pourras pas m'y forcer !
- Comme tu veux…rusa Lena. Hallie sera chez son
père. Et si toi tu préfères rester avec moi plutôt que de partir avec des
jeunes de ton âge, je…
- Non, la coupa Maéva. C’est bon, j’irai.»
Elles regagnèrent toutes deux leur chambre. Quelques
minutes plus tard, Maéva regretta cette décision prise sous le coup de la
colère et de l'orgueil. Mais elle était comme ça et ne pouvait s’empêcher
de placer sa fierté au dessus de tout.
Une fois dans son lit, elle repensa à la façon dont
elle avait agi ce soir, pour la boîte de nuit. En réalité, elle aurait
très bien pu ne pas aller danser. Si elle s’y était rendue, ce n’était pas
par très grande envie de bouger son corps, mais uniquement pour ne pas
obéir à sa mère, la contredire. Elle trouvait cela pitoyable, mais ne
pouvait pas non plus se retenir de se comporter comme ça avec sa mère. En
fait, elle se vengeait en quelque sorte des souffrances qu’elle avait dû
supporter à cause des absences continuelles de Lena, en grandissant, telle
une orpheline. Et puis, elle avait tellement manqué d’amour qui lui était
difficile d’en donner.
«Mon dieu, gémit la jeune fille intérieurement, je
vais devoir passer deux mois avec des inconnus, dont cinq semaines dans
des tentes en pleine nature, et tout ça à cause de mon fichu
amour-propre!»
________________________
(1) Hum hum, je suppose que personne ne reconnaîtra
Brice
(2) En plus c’est vrai!
III - Welcome in the show-biz!
L’écran devint tout noir, et, dans un même élan, la
salle entière se leva et applaudit avec vivacité. Aussitôt autour de la
réalisatrice du film, les félicitations fusèrent:
« Bravo ma chère Tallia! C’est un vrai chef-d’œuvre
que vous nous avez présenté là! s’exclama un scénariste plutôt connu.
- Beau travail, ajouta un autre. Non seulement le
scénario est excellent mais la mise en scène aussi!
- Bienvenue dans le monde du cinéma, ma chère, la
félicita le producteur du film.» Ce fut ensuite le tour de Jenifer Aniston,
l’une des principales actrices du film, de venir congratuler la
réalisatrice, très émue par les acclamations venant de toutes parts. Il
fallut au moins un quart d’heure à sa fille pour pouvoir enfin lui parler
sans être interrompue: «Maman, dit Iris en prenant celle-ci dans ses bras,
c’était absolument GE-NIAL!
- Merci…»
Elles sortirent ensuite de la salle vide pour aller
dans le hall, où on les attendait pour commencer le cocktail. Une longue
table où s’alignaient des petits fours, gâteaux apéritifs et autres
gâteries avait été dressée pendant la projection du film. Derrière cet
appétissant buffet se tenaient des jeunes hommes impeccablement vêtus qui
servaient aux invités ce dont ils désiraient. D’autres de ces jeunes gens
circulaient à travers la pièce, accompagnés d’un plateau sur lequel
reposaient des verres de champagne, et en offraient à chacun des convives.
La mère d’Iris était en grande conversation avec un petit groupe de
personnalités du cinéma qu’elle avait conviées. L’avant-première de son
premier grand film se déroulait plutôt bien, songea Iris, tout en avalant
un toast qui paraissait fort appétissant.
Environ une heure plus tard, lorsqu’elles sortirent
du cinéma qui avait été fermé au public pour pouvoir accueillir les gens
assistant à cette avant-première, Iris et sa mère furent encerclées par
des journalistes et photographes qui brandissaient tantôt des micros,
tantôt des appareils photo. Iris ne put s’empêcher de lui décrocher son
plus beau sourire. Heureusement, elles purent se tirer de cette masse de
gens sans trop perdre de temps car une fois que les paparazzis eurent posé
leurs quelques questions, ils se ruèrent sur les personnalités présentes;
et les badauds et fans de cinéma ne connaissaient pas encore Tallia, alias
Tabitha Rollins, si bien qu’ils ne remarquèrent même pas sa présence.
Après quelques minutes de voiture, Tibby et Iris
rentrèrent chez elles. Un sourire flottait sur leurs lèvres. «Alors,
Maman, ça c’est bien passé, non? Apparemment, les gens ont aimé. Ils ont
beaucoup rigolé! Il sort quand, déjà, en salle?
- Dans 3 jours. Oh là là, tu peux pas savoir comme
je suis contente et soulagée que les gens présents aient eu l’air
d’apprécier! J’ai déboursé tellement d’argent pour ce film! Il faut payer
les techniciens, les caméramans, les maquilleurs costumiers, les acteurs –
il n’y en a que quatre mais comme ce sont des comédiens connus, ils valent
une fortune! Ensuite il faut encore investir dans du bon matériel, toute
sortes de caméras, des décors,… Ça monte tellement vite!
- Ouais, va falloir se restreindre. On est vraiment
à sec? Parce qu’avec l’argent que gagne papa…
- Tout liquidé! Mais ne t’inquiète pas, ajouta
t-elle, en voyant la mine inquiète d’Iris, on a largement de quoi vivre!
C’est juste qu’on ne pourra sûrement pas partir en vacances…du moins pas
très loin!»
Iris se laissa tomber sur une chaise de la cuisine.
«Je n’aurais pas dû m’empiffrer comme ça, mais c’était tellement bon,
raffiné et classe tout ces trucs! Franchement quand je vais raconter ça à
mes copains ils vont être trop jaloux!
- Ah oui, au fait, je voulais te parler de ça. Ne
t’en vante pas trop, tu pourrais te faire des ennemis…Je préfère que
seulement tes amis digne de confiance sachent que je suis Tallia, mais pas
les autres parce que sinon il y en a qui pourraient me sauter dessus pour
obtenir un autographe de Jenifer Aniston ou Ben Stiller…
- Ah t’es parano! De toute façon la plupart des gens
que je connais ne savent même pas à quoi tu ressembles!
- Eh bien ça, ça pourrait changer…je vais passe à la
télé…
- QUOI! Mais c’est génial! Quand? Où?
- Calme-toi, ma chérie. Sur la une dans "Celebrity’s
Confessions", le jour de la sortie de mon film, répondit Tibby, d’un air
qui se voulait détaché.»
Iris poussa alors un cri frôlant l’hystérie,
incapable de croire que sa propre mère allait passer dans une des
émissions les plus regardées par les américains.
Elles étaient en train de regarder le journal
télévisé lorsque Brian rentra à la maison. «Salut les deux femmes de ma
vie!
- Coucou, mon amour!
- Hello, papa!»
Ils les embrassa chacune leur tour en commençant par
Iris (1).
«Alors? reprit-il. Est-ce que Mademoiselle Tallia
Rollins va entrer dans le monde du show-biz?
- Ce n’est pas mon objectif, tu le sais très bien,
répondit Tibby en câlinant son compagnon. Je voudrais avant tout être
reconnue en tant que cinéaste, c’est tout.
- Moi je dis que ça s’annonce vraiment bien pour
l’instant, commenta Iris. Avec de bons acteurs, un bon scénario, des
bonnes critiques, les gens devraient venir le voir, ton "bébé", maman ! »
Ils continuèrent à regarder la télé sans manger
(Tibby et Iris n'avaient plus du tout faim à cause du buffet mais Brian
prit une part de pizza), jusqu'à ce que la fatigue vienne les chercher et
les traîne dans leur lits. Les trois jours les séparant de la première
apparition télévisée de Tibby se passèrent sans encombre. Mais trop
lentement pour Iris, qui contait les jours, puis les heures et les minutes
au fur et à mesure qu'elles se rapprochaient du rendez-vous ; et trop vite
pour Tibby, qui stressait énormément et passait le plus clair de son temps
à écrire les éventuelles questions que pourrait poser le présentateur et à
en préparer les réponses, ou à travailler l'improvisation d'une question
inattendue avec Brian, qui jouait à merveille le rôle de journaliste.
Enfin arriva le jour fatidique. Le samedi matin, la
maison était sans dessus dessous : Tibby cherchait son unique mais jolie
jupe noire qu'elle avait égarée. Cela ne servirait pas à grand-chose de
s'habiller joliment puisqu'elle serait
Assise au premier rang, Iris enroulait nerveusement
une mèche de cheveux autour de son index gauche. D’un moment à un autre,
sa mère arriverait sur le plateau, rejoindrait l’animateur, et parlerait
pour la première fois devant les caméras. Et si ça se passait mal ? Si,
sous l’effet du stress, Tibby se mettait à bafouiller des choses
incompréhensibles dans son micro ? D’accord, l’émission n’était pas en
direct et la régie pour supprimer ça au montage final, mais quand même !
Iris soupira. Le discours de cette chanteuse sur son
père, un escroc recherché par la police, aurait pu être intéressant si la
jeune fille n’était pas aussi tendue. N’arrivant pas à se concentrer sur
les paroles de cette célébrité, son attention se reporta sur la salle.
C’était la première fois qu’elle assistait à une émission de télévision,
et elle n’aurait jamais pensé faire un jour partie du public. Il y avait
des caméras de partout : au plafond, sur la table autour de laquelle
siégeaient les personnalités, devant les gradins,…Les sièges des
spectateurs formaient un arc de cercle au milieu duquel trônaient les
invités. Derrière la table triangulaire se trouvait un écran géant qui
permettait à la fois aux gens éloignés de voir les célébrités en gros
plan, mais il servait également à cacher l’accès aux coulisses. C’était de
là qu’arriverait sa mère, tout-à-l’heure.
Enfin, la chanteuse disparut. Le présentateur
annonça : « Et maintenant voici les deux figures cinématographies du
moment : Mesdemoiselles Tallia Rollins et Jenifer Aniston ! » Iris ferma
les yeux. Lorsqu’elle les rouvrit, ce fut pour voir sa mère faire son
apparition sur le plateau, avec la célèbre actrice, le tout sous un
tonnerre d’applaudissements. En voyant Tibby s’approcher, elle resta
bouche bée: sa mère, habituellement habillée en tenues décontractées,
s’était transformée ce soir en Tallia, l’élégante et jolie scénariste
réalisatrice.
La frange droite qui couvrait jusqu’alors son front
avait été coupée de façon à ce qu’elle le traverse en diagonale. Ses longs
cheveux raides étaient à présents ondulés pour un soir, et tombaient
gracieusement sur ses épaules, tels la chevelure d’une sirène. Elle avait
été légèrement maquillée: brillant à lèvres transparent et ombre à
paupière couleur gris foncé. Les jeans et débardeurs qu’elle portait
d’accoutumée avaient été troqués contre une élégante robe noire, ni trop
décolletée, ni trop courte, mais quand même assez sexy. La transformation
était plutôt époustouflante. Tibby faisait largement concurrence à Jenifer
Aniston et Iris en fut ravie. Mais elle cessa d’admirer sa mère lorsque le
présentateur prit la parole: on allait passer aux choses sérieuses.
Il s’éclaircit la voix et commença à poser les
questions qu’il avait préparées: «Bienvenues mesdemoiselles. Vous êtes
donc ici pour faire la promotion de votre film: "Week-end de rêve entre
amis" Pourriez-vous nous faire un résumé de cette comédie, s’il vous
plaît, pour les téléspectateurs qui ne l’auraient pas vu?»
Iris inspira en tremblant. C’était au tour de sa
mère de parler. Elle la vit jeter un coup d’œil en sa direction, ouvrir la
bouche, et, à leur grande surprise à toutes les deux, Tibby parler avec
une voix normale sans paraître le moins du monde tendue malgré le stress
qui l’oppressait.
« Très bien, déclara t-elle "Week-end de rêve entre
amis", c’est l’histoire d’un couple, Philippe et Lora, qui est invité par
Baptiste, un ami de longue date qu’ils n’avaient pas vu depuis longtemps,
et sa femme, une cruche nommée Eva, à passer le week-end chez eux. Avant
de partir, Philippe et Lora appèlent Baptiste pour un problème
d’itinéraire. Mais ces derniers ne sont apparemment pas là, et le
répondeur s’enclenche. A ce moment là, les amis arrivent dans la pièce en
critiquant leurs invités, sans savoir qu’ils les entendent. Philippe et
Lora décident alors de se venger en gâchant le week-end…
- Ce qui donne une comédie hilarante à ne pas
manquer, ajouta l’animateur. Tallia, d’où vous sont venues ces idées de
scénario et de répliques comiques ?
- Eh bien, je dirais que l’idée elle-même n’est pas
très novatrice: il existe plusieurs films où des amis vont chez d’autres
et pourrissent leur week-end. Par contre, l’idée du téléphone est
nouvelle, et cela m’a servi à caricaturer un peu les technologies
actuelles qui deviennent assez compliquées au point que des personnes se
fassent entendre alors qu’ils sont chez eux, en toute intimité. Quant aux
répliques, elles me viennent naturellement. Parfois, je riais moi-même,
toute seule dans mon bureau! Je me suis vraiment amusée en écrivant ce
film…
- Et ce n’est pas votre premier, si je ne m’abuse?
- En effet, j’ai déjà un peu d’expérience: j’ai dû
tourner à peu près une demi-douzaine de films à petits budget avant
celui-ci, qui est mon premier grand succès…Mais celui-ci n’est pas
forcément mon préféré de tous. Je suis fière de tous mes travaux, même de
ceux qui n’ont pas eu du tout de succès. Ce sont tous mes «bébés»! souria
t-elle.
- Et pour cette comédie, comment avez-vous fait pour
contacter puis convaincre des acteurs comme Jenifer Aniston et Ben Stiller
de tourner avec vous?
- Grâce à mes tournages précédents, j’ai pu créer de
bonnes relations avec les gens du cinéma, rencontrer des personnes
importantes, qui m’ont aidée à joindre ces acteurs (d’ailleurs je les en
remercie). Je leur ai envoyé le scénario et une compilation vidéo d’un
autre film que j’avais fait avec des scènes, le plateau de tournage et
l’ambiance,…Mais j’ai surtout eu beaucoup de chance!
- Et vous, Jenifer, qu’est-ce qu’y vous a séduite
dans cette comédie?
- En fait, j’étais en période de rupture (2),
commença l’actrice, d’une voix très assurée, et en plus le tournage de «Friends»
était terminé. J’avais donc besoin de me changer les idées, de rigoler un
peu. On m’a envoyé pas mal de rôles pas très gais, de séparations,…mais si
c’était pour baisser encore plus mon moral, ça n’en valait pas la peine.
Et je suis tombée sur cette comédie, qui m’avait l’air très drôle. En
lisant le scénario j’ai tout de suite été convaincue, grâce à l’humour de
Ti…euh Tallia, pardon. A l’origine, elle m’avait proposé le rôle de Lora,
celle qui lance la plupart des répliques «cassantes», mais j’ai préféré
jouer la cruche Eva!
- Et pourquoi ce choix? N’avez-vous pas peur pour
votre image?
- Non. Je voulais m’amuser un maximum et je pense
que c’est plus facile en jouant une fille de la sorte! rigola t-elle.
- Revenons-en à vous, maintenant, Tallia,
qu’envisagez-vous de faire maintenant?
- Pour le moment prendre des vacances bien méritées
après 6 mois de travail, et ensuite, à la rentrée, commencer un nouveau
film.
- Quel en sera le sujet?
- J’y réfléchirai pendant l’été. J’ai quelques
scénarios en réserve mais ils ne me plaisent pas suffisamment…On verra
donc plus tard!»
Et l’interview continua ainsi. Après le film, le
journaliste passa au divorce de Jenifer, puis à ses projets pour
l’avenir...
___________________________________
(1) A votre avis, pour ne pas vexer Iris ou pour
garder le meilleur pour la fin? Les paris sont ouverts…lol!
(2) Oui, avec Brad c’est fini, sniff (soupir)
Vous préférez quel couple : Brad & Jen ou Brad & Angie?
Parenthèse, je sais pas pourquoi je vous pose ces
questions mais j’ai envie de vous faire participer. Lol!
IV - Sang
et larmes
Je parie que vous vous attendiez tous à ce que
ce chapitre se passe avec Bridget…eh ben c’est raté! (bah oui, il faut
bien de l’imprévu de temps en temps!)
Carmen reposa le téléphone sur le combiné. Elle
tituba lentement, la vue troublée par les larmes qui se formaient dans
ses yeux, vers le canapé du salon, où elle s’assit. Les larmes
dévalaient à présent le long de son nez, puis sur ses joues, sa
bouche, où elles se mêlaient à la salive, et son menton, pour enfin
tomber et éclater sur un coussin de toile bleu, formant ainsi une
tache plus foncée. Elle entendit vaguement une porte se refermer, puis
des bruits de pas, mais ces sons lui paraissaient très loin du
cauchemar dans lequel elle était.
Lorsqu’Eleonor entra dans le salon, elle trouva
sa mère figée sur le sofa, en train de pleurer. Elle s’approcha
timidement pour essayer de la réconforter :
« Maman, qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi tu
pleures ?
- On a téléphoné il y a deux minutes, répondit
Carmen, la voix rauque et tremblante, après une longue hésitation.
C’était l’hôpital…Papa…
- Papa quoi ! la pressa Eleonor, Maman qu’est-il
arrivé ?
- Il…Il a eu un accident de voiture…
- Oh mon Dieu ! C’est grave ? demanda la jeune
fille, tout en espérant que son père n’avait seulement qu’une jambe et
quelques côtes cassées.
- Il…Il est dans le coma, acheva sa mère. J’ai
attendu que u reviennes pour aller le voir…A moins que tu préfères
être épargnée de ce spectacle… »
Sous le choc, Eleonor fondit en larmes. Elle
secoua la tête et entraîna sa mère dehors.
Toutes deux sortirent de la maison. Le soleil
illuminait leur grand jardin. En marchant le long de l’allée bordée de
parterres de fleurs, Eleonor maudit intérieurement ce beau temps d’été
qui aurait dû être, selon elle, triste, gris et maussade comme son
humeur. Toujours sans un mot, Carmen démarra la voiture. Elles
faisaient peine à voir toutes les deux, avec leurs paupières gonflées,
leurs yeux rouges et leurs joues humides.
D’ailleurs, tout le monde se retourna sur leur
passage quand elles furent arrivées à l’hôpital. Après un bon moment
passé à se renseigner, elles trouvèrent enfin le médecin qui avait
examiné Win :
« Bonjour mesdames. Vous voulez sans doute voir
votre mari ? demanda-t-il en s’adressant à Carmen.
- Eh bien oui s’il vous plaît. Qu’à t-il
exactement ?
- En fait, lorsque le choc s’est produit, sa
tête s’est fracassée contre le pare-brise. Il en résulte une fracture
du crâne avec possibilité d’endommagement du cerveau. Ceci est le
principal dégât causé par l’accident mais il a subi aussi une fracture
de plusieurs côtes et bien sur des contusions un peu partout sur le
corps. Mais ce ne sont que des dommages minimes.
- Oh mon Dieu ! Et…vous pensez qu’il a une
chance de… se réveiller ?
- Ma foi, je ne puis vous renseigner pour le
moment. Il faudra attendre plusieurs jours, voire semaines avant de
savoir s’il a des chances…Je suis désolée madame, ajouta t-il, d’un
ton compatissant. »
Le médecin les conduisit ensuite jusqu’à la
chambre d’Eric, où il les prévint avant d’ouvrir la porte :
« Attention, vous allez peut-être subir un
choc…Mais si vous vous croyez assez fortes, entrez. »
Carmen s’élança, mais Eleonor resta plantée
devant la porte. Et si elle ne supportait pas de voir son père dans un
tel état ! Peut-être fallait t-il mieux attendre ici…Mais elle entra
quand même. L’envie de prendre la main de son père prit le dessus.
Là, devant le lit, comme prévu par le médecin,
son cœur fit un bond.
Le long des murs, près du lit s’alignaient une
dizaine de machines qui clignotaient ou émettaient des « bips » à
intervalles réguliers. Eleonor s’approche du lit. Elle ne pouvait pas
encore voir son père car Carmen se tenait devant son lit, murmurant
des paroles presque inaudibles et entrecoupées de sanglots à son mari.
Sentant la présence de sa fille, celle-ci se décala un peu, permettant
ainsi à Eleonor de voir le macabre spectacle : Win était allongé dans
les draps blancs, sur lesquels on pouvait voir une grosse tache rouge
au niveau de l’abdomen. Tout son corps était d’une pâleur extrême. Il
y avait une ouverture béante en haut de son front, qu’on distinguait
malgré le bandage qui la recouvrait. A cet endroit éclataient de temps
à autre des bulles rouges, et quelques gouttes de sang coulaient de la
plaie, zébrant au passage son beau visage de traînées carmin. Un
énorme tube plongeait au fond de sa gorge afin de le faire respirer.
Toutes les parties visibles de son corps étaient couvertes d’hématomes
et cicatrices. Son bras droit avait été tellement râpé que la chair
était à vif ; un tube de perfusion y était enfoncé. Sous les plis des
draps, on devinait que de petits appareils de mesure, reliés à chacune
des machines, étaient accrochés au niveau des organes vitaux du
blessé.
Devant cette vision d’horreur, Eleonor ne put
retenir ses larmes et, s’agenouillant à côté du lit, elle prit la main
de son père :
« Papa, je t’en prie réveille-toi ! Ne nous
laisse pas comme ça toutes les deux…On a besoin de toi, on t’aime ! »
Elle ferma les yeux, sentit des bras lui enlacer
le cou et entendit d’autres sanglots derrière elle. Les larmes
continuèrent ainsi à rouler sur ses joues, au même rythme que les
gouttes de sang sur le visage de son père…
Elles restèrent ainsi, au moins dix minutes,
sans rien dire. Les seuls bruits qu’on entendait étaient les « bips »
monotones des machines, et les quelques reniflements, ou sanglots émis
tantôt par la mère, tantôt par la fille, qui venaient rompre de temps
à autre le silence oppressant.
« Il va falloir annoncer ça à Ben et Léo,
commença Carmen, une fois installée dans la voiture. Les pauvres, ils
ne vont pas comprendre…Ellie, ma chérie, ça va ? Tu es toute blanche !
- Tu…tu crois qu’il va se réveiller ? demanda
t-elle, d’une voix tremblante.
- Je…Je ne sais pas…Je l’espère de tout mon
cœur.
- Je ne supporterais pas de perdre mon père à
seize ans. Et pour Ben et Léo ! Sans papa à six et huit ans, c’est
trop tôt !
- Eleonor, essaie de ne pas penser trop à ça,
même si c’est dur…Tu n’aurais peut-être pas dû aller le voir. Je ne
voudrais pas que cela te gâche les vacances.
- Bien sûr que si ça va les gâcher ! Papa est
entre la vie est la mort, et tu voudrais que je n’y pense pas !
s’indigna-t-elle.
- Je sais que tu ne pourras pas t’empêcher de
penser à lui, mais je veux que tu t’amuses quand même, que tu te
distraies. Et je suis sûre que Papa voudrait ça aussi…
- Au fait, déclara Eleonor, le conducteur de
l’autre voiture a été blessé ? Et qui était en tort pour l’accident ?
- Eh bien, il a été blessé, bien sûr – personne
ne pourrait se tirer d’un tel choc sans dommages – mais pas aussi
gravement que Papa. Les deux jambes cassées, je crois, mais il s’en
remettra. Et pour savoir qui été en tort, les circonstances de
l’accident vont être établies par des expert qui donneront le compte
rendu au tribunal dans unmois…
- Dans un mois ! Mais c'est hyper long !
- Tu sais, c'est toujours comme ça dans les
procès... ça prend un temps fou
- Je le savais, mais pas à ce point ! Dis, je
pourrai assister au procès ?
- Euh…Eh bien…si tu veux, après tout… »
Leur arrivée à la maison mit un terme à la
conversation.
Carmen et Eleonor passèrent l’après-midi sans
rien faire d’intéressant, mais elles ne voulaient pas rester inactives
pour éviter de repenser à Win et fondre en larmes. Elles espéraient
que le temps passerait lentement, mais les aiguilles ne voulaient pas
s’arrêter, et tournaient trop vite à leur goût. Bientôt, Ben et Léo
rentreraient de leur stage. Bientôt, elles devraient faire tourner
leur belle journée en cauchemar…
Soudain, elles entendirent un bruit de moteur
qui s’arrêta, pour laisser place à des pas le long de l’allée, et des
rires d’enfants joyeux. La mère et la fille se regardèrent. Elles
pouvaient lire dans les yeux de l’autre, le même désespoir commun. On
sonna. Dans un élan de courage, Carmen ouvrit la porte.
«Merci, Anita, de me les avoir ramenés,
s’exclama t-elle, d’un ton qu’elle voulait joyeux mais qui sonnait
faux. A plus tard!»
Elle referma la porte, tremblante. Benjamin,
l’aîné, commença: «Maman, c’était génial! On a fait plein de trucs. En
premier on a fait des petits jeux avec un ballon pour s’échauffer…
- Et après on a fait des vrais matchs et on a
gagné ça! s’exclama Léo, encore plus couvert de boue de boue que son
frangin, en brandissant deux diplômes déjà salis.
- C’est bien mes chéris…C’est bien…murmura
Carmen d’une voix éteinte. J’ai…quelque chose de…d’important à vous
dire…
- Oui ?
- Quoi ?»
Voyant que sa mère ne parlait pas, Eleonor lui
lança un regard encourageant. Carmen prit une bouffée d’air avant de
dire d’une seule traite:
«Papa a eu un accident de voiture et il a été
très gravement blessé.
- Mais c’est grave? s’enquit timidement Léo
- Ben oui puisque elle a dit gravement ! se
moqua son frère. Il a une jambe cassée ou un bras?»
Carmen s’écroula sur un fauteuil. Elle
n’arrivait pas à trouver les mots pour expliquer tout ça. Et ses
pauvres fils, qui croyaient que leur papa n’avait seulement qu’une
fracture! Eleonor se décida à prendre la parole, afin d’aider sa mère
qui semblait désespérée: « C’est beaucoup plus grave que ça, Bénou… En
fait… (sa voix se brisa) il…il est endormi…»
- Oh non! s’exclama Ben, les yeux emplis de
larmes. Il est vivant, hein, Ellie? Pas vrai, maman?
- Ne pleurez pas mes chéris, dirent Eleonor et
Carmen d’une même voix.
- Papa n’est pas mort, ne vous inquiétez
pas…ajouta cette dernière.
- Mais…il est vivant, alors?»
Eleonor s’apprêtait à répondre par la négative,
mais sa mère la devança, en répondant un «Oui, mais il dort…Il va
dormir pendant un certain temps…». La mère et la fille prirent alors
Ben, qui était en larmes, et Léo, qui ne comprenait pas ce qui se
passait, dans leurs bras…
Les jours passèrent. La maison semblait vide. La
bonne humeur et la joie qui y régnaient autrefois avaient maintenant
disparu. Eleonor faisait des efforts pour ne as craquer ni en présence
des ses frères, ni de sa mère pour ne pas qu’elle se mette à pleurer
elle aussi. Mais le soir, dans sa chambre, elle pensait à son cher
père, qui était tellement complice avec elle. Elle revoyait des
moments de bonheur partagés avec lui, souriait, et pleurait dans son
oreiller…Léo réclamait son papa, et Ben, qui avait à peu près compris
la situation, insistait pour aller le voir.
Mais Carmen ne céda pas. Elle ne voulait pas que
ses enfants subissent un tel choc. Quant à Eleonor, elle se sentait
complètement vidée.
«Ellie, commença Carmen, voyant la mine
désespérée de sa fille, je crois qu’il vaudrait mieux pour vous de
partir quelques temps en vacances.
- On ne peut pas partir. Imagine que papa se
réveille, il serait tout seul et nous en voudrait de l’avoir
abandonné.
- Non, je voulais dire, les garçons et toi. Il
ne faut pas que vous restiez là, sans rien faire, à vous morfondre.
Vous avez besoin de prendre l’air, de vous amuser…à la mer, par
exemple!
- Mais où est-ce tu veux qu’on aille tous seuls?
En colo? demanda t-elle, avec une grimace. Tu sais bien que je déteste
ça!
- Je pensais plutôt demander à votre oncle de
vous héberger pendant quelque temps…»
Un petit sourire se dessina sur les lèvres d’Eleonor;
le premier depuis déjà longtemps.
«Aller à Miami! s’exclama t-elle. Ce
serait…génial.
- OK, je vais lui téléphoner…»
Sur ce, elle décrocha le téléphone et composa le
numéro qu’elle connaissait par cœur.
«Allô? répondit une voix familière qu’elle fut
heureuse d’entendre.
- Salut. C’est moi, Carmen.
- Oh! Ca faisait longtemps! Tu vas bien? Le
déménagement s’est bien passé? demanda t-il.
- Oui…Euh, en fait je voulais te demander un
petit service…
- Vas-y, je t’écoute.
- Eh bien…Win est…est…tombé dans le coma…
- Oh mon Dieu! Il va s’en sortir?
- J’espère…
- Et les enfants, ils tiennent le coup?
- Plus ou moins…Tu vois, le problème, c’est
qu’on ne va pas pouvoir partir en vacances, et…
- Tu peux me les envoyer si tu veux.
- Oh! répondit Carmen, soulagée qu’il l’ait
proposé avant elle. Eh bien…c’est une bonne idée…enfin, si ça ne te
dérange pas!
- Oh non. Faut bien se serrer les coudes. En
plus il y aura ma fille. Eleonor a le même âge, non?
- Elle est un peu plus jeune. Elle a quinze ans,
bientôt seize.
- OK. Quand est-ce que tu peux me les envoyer?
- Hum…euh…dans une semaine? Le temps de tout
préparer et d’acheter les billets d’avion.
- Ca marche. Gros bisous. Et si tu déprimes,
n’hésite pas à m’appeler.
- OK.
- Tu es sûre que ça va aller, toute seule, dans
un pays que tu connais à peine?
- Oui, oui. Ne t’inquiète pas. J’ai déjà
rencontré dans mon quartier des femmes avec qui je m’entend bien.
- OK. Ciao bella!
- Bye!»
Et elle raccrocha, heureuse que ses enfants
puissent s'amuser, loin de la tragédie qui avait détruit tous rires et
sourires.
V - Le Bal
de fin d’année
Attention, ce chapitre est très long parce que
vu que je l’adore, j’ai écrit plus que d’habitude et eu plus
d’inspiration. Désolée pour ceux que ça gonfle ! ;-)
Bridget sortit
de la cabine avec une grimace : « T’en pense quoi ? Franchement, moi
je n’aime pas trop…La couleur ne me va pas !
- Ouais, c’est
vrai, admit sa fille en soupirant. »
Si encore il
n’y avait que la couleur qui ne convenait pas, ça irait encore. Mais
là, la robe était vraiment trop courte (il n’y avait pas la taille au
dessus) et tous les mecs du lycée se seraient jetés sur sa mère…En
plus, elle n’était pas très originale : il n’y avait ni décolleté, ni
frous-frous, ni aucune autre chose qui pourraient la rendre belle. Et,
en effet, le vert pâle n’allait pas du tout à Bridget !
Alicia était
désespérée : depuis déjà deux semaines, sa mère et elle cherchaient
une robe de soirée pour le Bal de fin d’année, mais en vain. Elles
n’avaient pas encore vu l’ombre d’une tenue appropriée, malgré le
nombre de boutiques qu’elles avaient épluchées. Les seules robes qu’on
pouvait trouver en ce moment étaient des robes de plages. C’était dans
ces cas là que Alicia aurait voulu être un garçon : au moins, lui
n’avait pas eu pas de problème, des costards, on en trouve partout !
« Je ne
demande qu’une robe potable, se plaignit t-elle intérieurement. Bon,
pas une super robe, parce que déjà que le mec le plus populaire de
l’école m’a invitée mais alors si en plus j’ai une tenue géniale, je
vais me faire trucider par toutes les filles du lycée ! Non, je veux
juste une robe qui me va… »
Bridget sortit
de la cabine, exaspérée : « Bon, laisse tomber on rentre. Ca fait
trois heures qu’on est là et on n’a toujours rien trouvé. On ira à
Londres mercredi, OK ? » Alicia sourit. Quand sa mère proposait
d’aller jusqu’à la capitale, c’est qu’il n’y avait vraiment rien dans
un rayon de 20km (ce qui était le cas en ce moment).
« Le bal,
c’est quel jour, déjà ?
- Vendredi
dans une semaine et demi…Et on a toujours pas nos robes… »
« Franchement,
c’est pas juste, ajouta t-elle en soupirant. Plein de gens sont en
vacances dans le monde, les flemmards de français ne travaillent plus
depuis déjà…je ne sais pas exactement mais depuis longtemps, alors que
nous on doit encore bosser !
- Ne
t’inquiète pas, ça va passer vite. »
« Alors ?
demanda une voix de garçon, lorsqu’elle entrèrent dans la maison.
- Toujours
rien, soupirèrent Bridget et sa fille, d’une seule et même voix.
- Je suis sûr
qu’il y avait plein de trucs mais que comme vous voulez une robe
parfaite, vous ne voyez rien !
- Crétin ! »
rétorqua sa soeur, taquine.
Le samedi
suivant, avec un peu plus d’enthousiasme que la fois précédente,
Bridget et Alicia se rendirent à Londres même, comme promis, à la
recherche de deux robes. Mais après avoir écumé une demi-douzaine de
magasin, leur bonne humeur s’effaça rapidement.
Elles en
parcoururent encore deux, e, à la troisième, Bridget se trouva enfin
une tenue. C’est rayonnante qu’elle souleva le rideau de la cabine.
Elle avait trouvé LA robe qui lui convenait parfaitement. En soie
bleue, assortie à ses yeux, avec de courtes manches en voile azur
parsemé de paillettes argentée, elle moulait sa poitrine avantageuse,
et épousait parfaitement ses formes. Elle s’évasait un peu à partir de
la taille, pour descendre jusqu’aux tibias. La partie jupon était
recouverte de volants du même voile que celui qui recouvrait les
épaules. Bridget ressemblait à une fée, ou mieux, à un ange, avec ses
cheveux blonds lui tombant jusqu’à la poitrine.
Mais,
malheureusement pour elle, Alicia ne trouva toujours rien. Elle se
sentit encore plus abattue, surtout que sa mère en rajoutait en
s’extasiant sur son fabuleux achat. Dans une nouvelle boutique, encore
une fois elle parcourut les rayons, encore une fois elle ne trouva que
des robes très médiocres. Les tenues qui lui plaisaient plutôt bien
n’existaient pas dans sa tailles, et celles à sa taille n’étaient
vraiment pas fantastiques. Elle en emporta quand même vers les cabines
d’essayage, histoire de ne rien manquer. Sous le regard critique de sa
mère, elle les enfila, les unes après les autres, mais aucune n’était
suffisamment potable. Comme à chaque fois, elle marcha, désespérée,
vers le portant où étaient accrochés les vêtements non achetés.
C’est alors
qu’elle l’aperçut, sur ce portant, à moitié recouverte par une veste
en jean. Un robe. SA robe. La robe qui lui fallait. Un peu sexy, mais
pas provocante ; moulante, mais pas excessivement ; et pas trop chère.
Elle s’en empara avec joie, se précipita dans une cabine et l’enfila
illico presto. Elle sortit, un sourire triomphant aux lèvres.
« Ah tu es là,
s’exclama Bridget. Je te cherchais partout. Mais… (Elle éclata de rire
:) Je crois que tu ne l’as pas mise comme il faut. »
En effet, dans
sa hâte, Alicia avait enfilé sa robe à l’envers. Elle se hâta de la
remettre à l’endroit, puis souleva à nouveau le rideau.
« Wahou,
admira sa mère. Elle te va à ravir. »
Alicia se
retourna pour contempler le résultat dans la glace. En effet, elle
était plutôt pas mal comme ça. La robe, rouge flamboyant, la moulait
tout le long du corps, et s’arrêtait juste en dessous des genoux. Elle
était ornée de frous-frous sur le devant, au niveau de la poitrine. La
jeune fille sourie, satisfaite : « Je la prends ! »
Maintenant que
les deux eurent trouvé leurs robes, le plus gros était fait. Mais
elles passèrent quand même les jours restants avant le Bal à essayer
et réessayer leurs tenues, prévoir leur maquillage, leurs chaussures,
leur maquillage et leurs coiffures. Sur les notes des cours d’Alicia,
on pouvait voir dans la marge de petits croquis représentant son
visage, chaque fois arrangé différemment. Le temps passa plutôt vite,
et Alicia, le matin du bal, fut surprise que ce jour soit arrivé si
rapidement.
Ses pensées se
dirigèrent vers le garçon auquel elle pensait chaque soir avant de
s’endormir, et chaque matin en se réveillant. Elle repassa mentalement
un des meilleurs moments de sa vie, d’après elle.
---------------Flash-back---------------
Alicia sortit
les livres dont elle aurait besoin pour faire ses devoirs de son
casier, tout en bavardant joyeusement avec Elsa, sa meilleure amie,
comme à chaque fin de journée de cours. Du coin de l’œil, elle le
vit arriver dans le couloir. Son cœur fit un bond, mais elle resta
calme et continua à discuter avec Elsa, l’air de rien, sans le
regarder.
Bizarrement,
le garçon, qui était le plus populaire du lycée, s’arrêta derrière
Alicia et lui adressa la parole : « Euh…Salut Alicia. Je pourrais te
parler ?
- Ca tombe
bien, je lui disais au revoir, dit Elsa, lançant un clin d’œil discret
à son amie avant de s’en aller.
- Oui,
qu’est-ce qu’il y a, demanda Alicia, le plus naturellement possible,
en évitant le regard des filles jalouses qui passaient dans le
couloir.
- Et bien, je
voudrais savoir si tu…si tu as déjà un cavalier pour le Bal. »
Alicia essaya
de cacher sa joie et sa surprise. Il. Etait. En. Train. De. L’inviter.
Elle ouvrit la bouche pour répondre, mais Brendy, sa pire ennemie, se
glissa entre les deux lycéens.
« Raphaël et
Alicia ! Depuis quand tu traînes avec les filles de son genre, Raphy ?
demanda t-elle, d’une voix mielleuse. Enfin je suppose que ce n’est
pas de ton plein gré, ajouta t-elle en caressant l’épaule du garçon.
- Laisse-nous
tranquille, Brendy. Pour ta gouverne, sache que Alicia vaut cent,
voire trois cents fois mieux que toi. »
Vexée, la
jeune fille s’en alla aussi vite qu’elle était venue.
« Excuse-moi
pour ce petit désagrément, plaisanta Raphaël. Alors, tu es déjà prise
?
- Non, pas
encore, sourit Alicia.
- Et…ça te
dirait d’y aller avec moi, au Bal ?
- Oui, je veux
bien.
- Cool. A
demain.
- Bye »
Le garçon
s'éloigna, et tourna après les rangées de casiers. Ce ne fut qu’une
fois qu’elle fut sûre qu'il eût disparut que Aliciadonna libre cours à
sa joie.
---------------Fin du Flash-back---------------
Alicia se
leva, envahie par une extraordinaire énergie, et dévala les escaliers
direction la cuisine. Elle prit son petit-déjeuner à vitesse éclair,
tandis que son frère, en face d’elle, mâchait ses céréales à moitié
endormi. C’est survoltée qu’elle arriva au lycée. D’ailleurs, pendant
les cours, certains professeurs lui reprochèrent d’être trop agitée,
mais comme de toute manière c’était la dernière journée de cours et
qu’ils ne travaillaient presque plus, ce n’était pas très gênant.
Une fois
rentrée à la maison, Alicia, fila dans la salle de bain pour se
maquiller, même si le Bal commençait dans trois heures. Elle se
changea, puis embaucha son frère pour répéter une dernière fois les
danses qu’elle avait apprises au cours ados organisés par le collège.
Heureusement, Matt savait se débrouiller.
Bridget, elle,
rentra un peu plus tard, vers sept heures. Elle était complètement
stressée à l’idée de ne pas pouvoir préparer en trois quarts d’heure,
le Bal commençant à huit heures. Alicia, elle retourna se mettre un
peu de gloss et arranger sa coiffure, puis fourra le « matériel de
survie » dans son sac à main : tube de gloss, mascara et mouchoirs.
Une
quarantaine de minutes plus tard, Alicia, qui attendait, assise sur
l’escalier, à côté de la porte, faillit s’évanouir lorsqu’elle
entendit la sonnette tinter. Tremblante, elle ouvrit. Raphaël se
tenait devant l’entrée, une rose à la main. Alicia le contempla en
souriant.
Il était un
peu plus grand qu’elle, et très beau. Ses cheveux châtains tombaient
avec élégance sur sa nuque. Il avait les yeux d’un bleu clair très
profond, et, lorsqu’elle le regardait dans les yeux, elle avait
l’impression de plonger dans un océan d’euphorie. Son costard noir lui
allait à merveille, et il adressa un sourire ravageur avant de la
prendre par la taille.
Elle ne le
savait pas, mais lui aussi l’admirait, elle, resplendissante dans sa
robe rouge, ses longs cheveux blonds ondulés tombant gracieusement sur
ses épaules comme une cascade dorée.
Ils
attendirent tous les deux dehors, pendant quelques minutes, parlèrent
de choses et d’autres et se complimentèrent mutuellement sur leur
tenue, assis côte à côte sur un muret. Bridget et Eric les
rejoignirent bientôt et tous les quatre montèrent dans la voiture.
Pendant le trajet, afin de meubler la conversation, Bridget posait des
questions au cavalier de sa fille. Alicia, elle, se sentait mal à
l’aise. Elle n’aimait pas que ses parents soient en présence de celui
qu’elle aimait. Heureusement, ils arrivèrent bientôt au gymnase de la
ville où avait lieu le Bal.
Lorsque Alicia
entra dans le hall, elle fut assaillie par un sentiment d’excitation
intense : elle n’avait jamais vu le bâtiment sous un aussi beau jour !
Toute la salle
avait été décorée par les soins de quelques volontaires. De grandes
banderoles aux couleurs de la Denton High School, bleu clair et jaune,
portaient les inscriptions « Bienvenue au Bal de fin d’année de Denton
! » ou bien « Bonne soirée à tous ! ». Des bouquets de ballons
assortis avaient été accrochés un peu partout et des élèves en
tendaient même à tous les gens qui se dirigeaient vers la salle
omnisport où se déroulerait le bal.
De longues
tables étaient alignées au fond de hall d’entrée. Dessus reposaient
des assiettes ou saladiers garnis de milles et unes choses
appétissantes. Tout à gauche étaient exposées les entrées : salades en
tous genre, taboulés, macédoines, et crudités à volonté, ainsi que les
tartes froides, comme les quiches ou les cakes au jambon. Puis
venaient les deux machines à fabriquer des hot-dogs, installées à côté
des sandwiches froids. Et enfin, le stand le plus appétissant
proposait toutes sortes de délices : gâteaux au chocolat, au yaourt,
quatre-quarts, tartes aux fruits ; également des crêpes au chocolat
fondu, à la confiture, au sucre, au beurre ou au citron, et des
gaufres saupoudrées de sucre glace.
Quelques pas
plus loin se trouvait un photographe qui prenait des clichés des
couples posant devant la toile de fond blanche. En ce moment même,
c’était la pire ennemie d’Alicia, une jeune blonde nommée Brendy, qui
jouait les stars provocantes devant l’objectif, au bras d’un garçon
aussi aguichant qu’elle.
« Elle en fait
vraiment des tonnes, celle-là. Et la longueur de la robe, mon Dieu ! »
pensa Alicia, avant de suivre Raphaël vers la salle omnisport,
toujours main dans la main.
Ils
s’élancèrent aussitôt sur la piste au rythme d’un rock endiablé. « Un,
deux, trois et quatre, cinq et six » compta Alicia dans sa tête, pour
exécuter les pas de base en rythme avec la musique. Le couple enchaîna
les passes : espagnol, corbeille, tour américain, tour
danseur,…jusqu’à ce que la musique s’arrête, Alicia se cambrant
simultanément. Les danseurs soufflèrent pendant quelques secondes,
puis repartirent de plus belle, tandis que la sono entamait les
premières notes d’un tango.
Après quelques
salsas, rocks, tango et cha-cha-cha, le DJ mit un slow : le premier de
la soirée. Raphaël enlaça Alicia par la taille et la pressa contre lui
avec délicatesse. La jeune fille ferma les yeux de bonheur.
« Ca fait
longtemps que j’attend un slow, dit son cavalier, à la moitié du
morceau.
- Vraiment ?
Pourquoi ?
- Pour ça »
répondit-il simplement. Il se pencha sur Alicia et l’embrassa
passionnément. Celle-ci fut parcourut d’un frisson de plaisir, suivi
d’une sensation tellement merveilleuse et indescriptible !
« Je t’aime »
lui glissa t-il doucement dans l’oreille, lorsque leurs lèvres se
furent enfin séparées.
Un peu plus
loin, Eric était consterné.
« Regarde !
s’exclama t-il
- Et alors ?
répondit Bridget. Ce n’est plus une petite fille ! Elle a seize ans,
c’est parfaitement de son âge.
- Mais…comme
ça, devant tout le monde !
- Oh là là !
Laissons-les s’aimer et faisons plutôt pareil. »
Et elle
embrassa son mari.
Après encore
maintes danses, Alicia et Raphaël, qui n’avaient pas encore mangé, se
dirigèrent vers le buffet. Il prit deux hot-dogs et en offrit un à
Alicia, ainsi qu’une assiette de salade composée. Il emmena ensuite la
nourriture sur les gradins, laissant à sa cavalière de l’argent pour
acheter des boissons. Celle-ci acheta deux Coca-cola. Mais lorsqu’elle
se dirigeait vers Raphaël, quelqu’un la poussa par derrière, et elle
renversa un des gobelets sur…Brendy.
« Espèce de
connasse ! rugit-elle. Tu l’as fait exprès.
- Non je te
jure. On m’a poussée.
- Raconte pas
n’importe quoi, sale pétasse ! Tu vas voir, je vais me venger, salope
! » explosa t-elle.
Heureusement,
sa robe était noire. On ne voyait pas vraiment la tâche.
« T’as vu ?
demanda t-elle à Raphaël
- Ouais. Bah,
elle l’a bien mérité ! Par contre vu que j’ai plus de monnaie, on va
devoir se partager le Coca qu’il reste.
- Oh, pas
grave ! »
Après ce léger
repas, ils allèrent au stand de photographie et posèrent, heureux et
amoureux, devant l’objectif.
Ils
retournèrent ensuite sur la piste de danse, enchaînant, valses,
salsas, rock, slows, tangos et sambas, jusqu’à ce que Alicia se rende
aux toilettes pour une opération remaquillage, aux trois quarts de la
soirée. Là-bas, elle retrouva Elsa et Leila, une autre amie, qu’elle
n’avait pas vues de la soirée, puisqu’elle avait passé son temps avec
Raphaël.
« Alors
comment ça va ? demanda Elsa ?
- Bien, bien,
et vous ? répondit-elle tout en se remettant du gloss.
- Aussi. Tu
sais que tu t’es déjà mis plein de filles à dos tout à l’heure ?
enchaîna Leila, un sourire taquin aux lèvres.
- Pourquoi ?
- Embrasser
langoureusement la super canon du lycée c’est pas un super bon plan
pour se faire des amies ! plaisanta Elsa.
- Ah, ça ! Je
préfère mille fois embrasser Raphaël et ne pas avoir de nouvelles
amies plutôt que d’en avoir plein sans le toucher. Et vous, vos
cavaliers ?
- On te
racontera ça plus tard, tu vas te faire attendre auprès de ton chéri !
»
Lorsque Alicia
sortit, un slow avait déjà commencé. Elle se dépêcha, se frayant un
chemin entre la foule pour rejoindre la piste de danse sans trop faire
attendre Raphaël. Mais à peine eût-elle franchit la porte de la salle
de Bal qu’une main lui tapota l’épaule. Elle se retourna et découvrit
avec horreur le visage du Harceleur, comme elle l’appelait.
Le Harceleur
s’appelait en réalité Marvin et n’était qu’un pauvre élève de la
classe de Alicia, qui l’aimait depuis la première année de collège. En
fait, le pauvre garçon n’avait aucune chance. Boutonneux, les cheveux
longs, de grosses lunettes rondes et des vêtements ringards sur le dos
en permanence, il était la risée du lycée. Bien sûr, il n’avait pas
réussi à se trouver une cavalière et était donc venu seul.
« Tu veux bien
danser avec moi ? demanda le garçon, découvrant des dents qui
semblaient avoir été plantées dans ses gencives par un aveugle.
- Euh…Eh bien,
je suis désolée mais j’ai promis ce slow à mon cavalier…répondit-elle,
donnant la première excuse qui lui passait par la tête.
- Je crois
qu’il est déjà occupé » répliqua Marvin, en désignant quelque chose du
menton.
Alicia pivota
sur ses talons pour apercevoir Brendy dans les bras de Raphaël. Même
si elle ne voulut pas se l’avouer, elle ressenti un léger picotement
au cœur, accompagné d’une pointe de jalousie mêlée à de la haine. Son
regard se reporta sur le pauvre Marvin, qui attendait, gonflé
d’espoir. Par pitié, Alicia accepta finalement de danser avec lui.
Un peu plus
loin, les parents de la jeune fille dansaient, serrés l’un contre
l’autre. Bridget avait posé sa tête sur l’épaule d’Eric, qui, lui,
embrassait amoureusement sa dulcinée dans le cou. Lorsqu’il releva la
tête, ce fut pour apercevoir le cavalier de sa fille embrasser une
autre, puis Alicia lâcher le boutonneux qui lui servait de cavalier,
et se mettre à courir hors du gymnase. Il lâcha lui aussi sa cavalière
pour se lancer à la poursuite de sa fille, mais Bridget, qui elle
aussi avait vu la scène, le retint fermement.
« Je ne pense
pas que ce soit avec toi qu’elle ait besoin de parler, expliqua
t-elle, en désignant du menton Raphaël qui s’élançait à présent vers
la sortie.
- Mais…tu as
vu ce que ce connard a fait ! Il a osé tromper Alicia sous ses yeux !
- Tout de
suite les grands mots ! Ce n’est pas un adultère, tout de même !
- Mais, pense
un peu à Alicia, imagine comme elle doit être bouleversée.
- Oui, je
pense à elle. Mais je crois aussi qu’elle ne voudrait pas qu’on s’en
mêle, alors laisse la régler ses affaires toute seule.
- très bien.
Mais si elle nous fait des reproches après, tu lui diras que c’était
de ta faute.
- Ok, ok. »
Alicia
courait. Elle était à présent sortie du gymnase et ne savait pas où
elle allait. Tans pis si elle se perdait, mais il fallait qu’elle
courre, loin de là, loin de Raphaël. Soudain, une main lui attrapa le
bras. Elle prit peur et voulut se débattre, croyant à une attaque d’un
inconnu, mais l’homme ne lâcha pas prise. Elle arrivait à peine à
distinguer les contours de son visage, dans l’obscurité de la rue.
« Lâchez-moi
ou je hurle, vociféra t-elle
- Du calme,
Lili, c’est moi, Raphaël, lui répondit une voix familière.
- Toi !
Comment oses-tu m’appeler comme ça après ce que tu m’as fait, lui
cracha t-elle à la figure.
- S’il te
plaît, écoute moi. Et calme-toi. Je n’y suis pour rien ! C’est Brendy
qui m’a sauté dessus. Elle m’a dit que le moment était venu de se
venger de toi, et elle m’a embrassé avant que je ne puisse faire quoi
que ce soit… »
Il avait l’air
sincère. Alicia ne put retenir ses larmes. Raphaël la prit dans ses
bras, et elle sanglota doucement sur son épaule, bercée par les
caresses du garçon.
« Tu sais
pourquoi je t’ai choisie toi comme cavalière ? demanda t-il, après un
long moment.
- Non, murmura
Alicia, les yeux encore embués de larmes.
- Parce tu es
l’une des rares qui ne me fait pas les yeux doux, qui ne cherche pas à
m’adresser la parole le plus possible en une journée. Je déteste les
filles qui me tombent dans les mains comme ça. J’avais pas mal de
choix, c’est vrai, mais je t’ai demandé à toi. Tu m’as séduite avec
ton indifférence, ta beauté, ton naturel. Tu ne cherches pas à te
mettre en avant, et tu n’es pas comme toutes les autres. Tu es
unique…C’est toi que j’aime… »
Il caressa sa
joue en effaçant une larme qui coulait, puis se pencha vers elle. Elle
ferma les yeux, sentit son souffle et son doux parfum se rapprocher.
Leurs lèvres s’effleurèrent brièvement pendant une seconde, puis à
nouveau, pendant plus longtemps. Alicia sentit son cœur exploser puis
fut envahie par une sensation de bonheur intense. C’était encore mieux
que la première fois, pendant le Bal. Elle pria pour que ce baiser
dure éternellement, et avait l’impression que si par malheur leurs
lèvres se séparaient, elle mourrait. Tous ses sens étaient en éveil,
savourant chaque instant, chaque seconde de l’ivre exaltation qui la
parcourait.
VI - Un
voyage mouvementé
Ce matin, l’ambiance était particulièrement
tendue autour de la table du petit-déjeuner. Maéva essayait de parler
le moins possible à sa mère, mais qu’elle ouvrait la bouche, c’était
pour lui lancer des remarques méchantes et insolentes. Aujourd’hui
était un jour de grand départ pour tout le monde : Hallie et Lena
prendraient l’avion pour les Etats-Unis, l’une pour aller chez son
père et l’autre pour rendre visite à sa sœur, Effie. « Tandis que moi
j’irais croupir en Italie dans une tente miteuse avec des ados
arriérés qui vont là-bas pour le plaisir » songea Maéva avec amertume.
Alors que tout le monde était occupé à manger,
Lena prit la parole :
«Euh…Hallie ? En fait j’ai réussi à prendre un
billet dans le même avion que toi…J’ai négocié avec le directeur de
Hélios (1) en prétextant un congrès imprévu. Et comme il me connaît
bien et que je lui avais vendu un tableau à moitié prix, il…
- En gros tu l’as acheté avec un tableau, puis
dragué un petit coup pour qu’il fasse des quatre volontés !
- Hallie ! Qu’est-ce que tu racontes !
- C’est n’importe quoi ! continua sa fille.
Prendre un avion destination Santa Monica alors que tu veux aller à
Washington ! Tout ça pour ne pas que je voyage seule…
- Mais, ça n’a rien avoir avec ça !»
Maéva pouffa de rire devant le pathétique de la
situation.
« - A peine ! répondit furieusement Hallie. La
dernière fois tu as payé un supplément pour qu’une hôtesse s’occupe
spécialement de moi ! Heureusement qu’elle a cru s’être trompée de
personne quand elle m’a vue…J’en ai marre que tu me couves ! Je vais
avoir 18 ans ! »
Lena se leva si brusquement que toute la table
trembla (un verre se renversa et un autre se brisa). Son visage était
cramoisi, et elle tremblait de fureur. Ses filles ne l’avaient jamais
vu dans un état pareil avant, et elles en furent toutes les deux
abasourdies. Car il est vrai qu’en général Lena ne réagissait pas trop
aux piques que lui lançaient habituellement Hallie et Maéva ; sans
doute parce qu’elle trouvait normal qu’elles lui en veuillent de les
avoir « délaissées » pendant leur enfance et qu’elle se sentait
coupable.
Sa voix retentit bruyamment dans la pièce : «
J’en ai marre de vous deux ! Vous me traitez comme n’importe qui, mais
je ne suis pas n’importe qui ! JE SUIS VOTRE MERE ! J’ai fait des
erreurs, d’accord, vous avez souffert, d’accord ! Mais moi aussi ! Je
me suis déjà fait beaucoup souffrir moi-même à cause de mon sentiment
de culpabilité ! Alors ce n’est pas la peine d’en faire encore plus en
étant dures avec moi tous les jours, rien que pour vous venger ! Et si
vous n’acceptez pas de me pardonner et si vous continuez à vous
comporter comme ça avec moi, alors vous verrez ! Je ne ferai plus rien
non plus pour vous, ni la cuisine, ni le ménage dans vos chambres, ni
même les courses ! » Sur ce, elle sortit de la pièce, laissant ses
deux filles, incrédules, devant leurs bols.
« Ca alors, je ne l’avais jamais vu comme ça !
- Moi non plus, répondit Hallie.
- Elle l’a bien cherché ! s’exclama sa cadette
- Non Maéva. Je crois qu’elle a raison. On va
trop loin. Ca ne sert à rien d’essayer de se venger de ça. De
toute façon on ne peut plus rien changer, ni toi et moi, ni elle…Ce
qui a été fait a été fait…
- Elle pourrait au moins avoir le courage de
nous le dire ! Elle pourrait être sincère, quand même ! On ferait
peut-être mieux de lui laisser sous-entendre qu’on a découvert ces
putains de papiers dans le grenier, non ?
- Je ne crois pas, ça ne changerait rien à la
situation, ou ça pourrait la rendre pire. Il ne faut pas remuer le
couteau dans la plaie. Essayons plutôt de ne plus y penser et de faire
avec.
- Je suis désolée mais je ne peux pas lui
pardonner ça. Je n’oublierai jamais tous ces mensonges, et je crois
que je vais même partir à la recherche de nos vrais parents. »
Et elles finirent silencieusement leur
petit-déjeuner.
A suivre ?
|
__________________________________________________________________________
Pour donner votre avis :
ICI !
| |









|